Nathalie Dewoitine

Une fin d’été

Depuis deux jours déjà, la fraîcheur était revenue. Les nuages, la pluie étaient arrivés. Certains les attendaient avec impatience, d’autres les espéraient retenus ailleurs et se réjouissaient de la lourdeur et de la persistance de l’astre brûlant du mois d’août, mais le glas a sonné, la messe est dite : enfin les nuages sont là. L’éclat des tournesols, gardiens des champs, s’estompait, comme une armée épuisée par l’ardeur du soleil. La fête de fin d’été était annoncée depuis plusieurs semaines et elle s’envisageait déjà comme un long soupir de soulagement dans notre petit village.

« Qui amène quoi ? On fait comment ? À quelle heure ? » Les interrogations de dernière heure fusaient et puis, qu’importe, ça finirait bien par s’organiser.

Pour ouvrir la fête, un film et de la musique. Des images d’ailleurs et d’un autre temps. Des effets musicaux qui donnent un ton particulier à ces images qui nous ressemblent et nous semblent si lointaines pourtant. Des enfants, des jardins, des leçons à compter sur les doigts d’une main. Que sont-ils devenus, ceux-là qui s’agitent devant les caméras pour nous expliquer comment jardiner ? Des enfants sages, des enfants blonds, des adultes bienveillants. Une vision tellement propre du jardin, tellement parfaite qu’elle pourrait inquiéter et d’ailleurs… maintenant que nous connaissons l’avenir que nous ont construit ces leçons, il y avait effectivement de quoi s’inquiéter. Quelle raison nous pousse à vouloir maîtriser, ordonner, rentabiliser ce que produit la Terre ? Le plus grand jardinier finit par comprendre que la nature est bien plus intelligente que l’homme.

Mais bon, c’est la fête de fin d’été et chaque chose en son temps. Le film disparaît et les tables apparaissent au pied de l’église du village, à proximité de la librairie. Les chaises passent de main en main. Le bar se pare de bouteilles, de verres et c’est parti : les tartinades de Corinne, la tarte aux blettes de Bernard, les pintxos de Max, les accras de pâtisson de Margaux et plein d’autres merveilles concoctées par chacun pour tous s’offrent sur la plus grande table. L’assemblée a sorti des gilets, des pulls. Ça frissonne, ça « gèle » sous les robes trop fines de l’été, mais chacun sourit, plaisante. La rentrée, la fin des vacances, les cousins qu’on a reçus, le mariage des uns reporté puis finalement… De petit rien en petit rien, la fête de la fin d’été s’écoule.

Pour finir, Didier nous offre sa fameuse semoule de maïs rouge, Pascale nous régale avec son pain d’épices exceptionnel, Bernard révèle ses talents avec des cannelés. Une tarte aux pommes nous rappelle les délices de l’automne et des tranches de pastèque ajoutent à la nostalgie d’un été qui se termine. La foule a salué Margaux qui s’en va pour d’autres aventures, d’autres fêtes ailleurs et qui reviendra, c’est promis !

Petit à petit, la soirée se termine, les tables sont rangées, la vaisselle dans l’évier, et doucement chacun rentre chez soi. Quelques-uns font durer le plaisir chez l’un ou l’autre. Les volets se ferment, les cœurs soupirent. C’était la fête de fin d’été, pas comme celles d’avant, pas comme celle de l’année prochaine certainement. Une autre année est passée, des changements, des bouleversements, des arrivées, des départs et, en toile de fond, tant d’incertitudes, tellement de peurs.

Souhaitons-nous d’autres fêtes pour l’avenir, des fêtes pour soupirer ensemble, pour rêver ensemble, pour s’étonner ensemble et pour oublier, un instant, les sirènes qui hurlent derrière les remparts.

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