Nathalie Dewoitine

Un dimanche en Charente

Les maisons, encore endormies, entrouvrent lentement leurs paupières de bois. Les charnières grincent et laissent les fenêtres timides offertes tout à coup aux rayons du soleil.

Un rayon traverse le verre, le rideau fin, et éclaire le carrelage qui prend des couleurs d'or, comme un sourire au nouveau jour qui se lève. Dans la cuisine, le bruit de vaisselle et l'odeur du lait qui chauffe annoncent le petit-déjeuner. Le pain grillé embaume l'air, les pots de confiture brillent sur la toile cirée. Tout à l'heure, un enfant descendra les escaliers, le pyjama encore endormi, se frottera les yeux, posera les coudes sur la table ; les paupières lourdes des rêves de la nuit, ses gestes maladroits feront tanguer le bol trop grand et ses lèvres enfantines se couvriront d’un voile chocolaté.

La porte s'ouvre en grand. Un peu de vent entre, accompagnant l'homme qui s'engouffre dans l'entrée. Il est grand, les yeux bleu délavé derrière une mèche blanche. Il se penche sur ses bottes qu'il enlève tranquillement. Avec lui sont entrés l'écume de l'océan, les embruns du petit matin et l'odeur de l'aube. Dans un seau, des crabes, ramassés dans ce petit coin que lui seul connaît et qu'il montrera un jour à l'enfant qui s'éveille devant son bol. L'homme sourit à l'enfant, fronce les sourcils, un sourire au coin de la bouche comme une virgule qui indique la taquinerie : « Alors, petit, il est bon, ton petit-déjeuner ? » L'enfant lève les paupières, sourit : « Tu es déjà debout, Papi ? »

L'homme se lève, se dirige vers une cafetière chaude qui semble l'attendre éternellement. « Hé oui, si tu veux de la soupe de crabes, il faut bien que je me lève ! — Tu as des crabes ? » s'écrie l'enfant en sautant de sa chaise. Il court jusqu'au seau et remue le récipient : « Ouah, mais il y en a plein ! »

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