Nathalie Dewoitine

Madelaine - Chapitre 8

Une tache noire, aile de corbeau, sur le blanc de l’oreiller. Un visage épuisé par la fièvre, enfin calme. Le corps meurtri sous les draps semble désarticulé. La nuit a été longue dans la maison de pierre. À son arrivée, Cécile souriait pauvrement, l’inquiétude perlait au coin de ses yeux. C’est seulement dans l’intimité de la chambre qu’elle s’était laissé aller à la confidence. « Je n’ai pas eu le choix. Je ne pouvais pas. Il n’en voulait pas. » Elle avait beaucoup pleuré sur son amour perdu, sali. Elle répétait sans cesse qu’elle n’avait pas eu le choix. Il l’avait laissée seule face à son corps plein de vie à la seconde où elle avait prononcé les mots : Je suis enceinte. Le vide dans son regard : un abîme d’incompréhension soudain. La porte avait claqué si fort.

Les jours qui avaient suivi étaient un chaos sans fin. Les peurs, les questions tournaient sans cesse dans sa tête, dans son cœur. Elle marchait dans les rues sans but, incapable de savoir où aller. Comment elle avait eu cette adresse, comment elle avait pris rendez-vous au fond de cette impasse, comment elle avait payé… elle ne savait plus vraiment. Tout était un cauchemar dont elle ne se réveillait pas. Des jours qui ne lui appartenaient pas.

Quand elle avait frappé à la porte, le sourire bravache et le reste exsangue, Madelaine avait senti son cœur se déliter en quelques secondes. Elle n’en croyait pas ses yeux : son amie était là, si loin de Paris où elle la croyait pleine de vie et d’amour. Devant sa porte, c’était l’ombre de son amie qui s’était présentée. Elle l’avait faite entrer, les cris de joie de la revoir évanouis au fond de sa gorge devant ce qu’elle pressentait. Il y avait urgence, danger. Cécile avait besoin d’elle. La nuit avait été longue, il avait fallu beaucoup de serviettes fraîches pour sortir le corps du drame qui se jouait au fond de ses entrailles. Madelaine avait utilisé tout son savoir pour enrayer le mal qui rongeait le ventre de son amie. Elle avait aussi beaucoup prié, beaucoup maudit les hommes, leur lâcheté, la pauvreté d’âme de ceux qui laissent les femmes souffrir pour avoir trop aimé. Quand enfin le soleil s’était levé, la douleur avait enfin quitté la place ; restait à s’occuper de la détresse réfugiée au fond de son âme.